mercredi 1 août 2018

Zothique (mon essai de traduction)

ZOTHIQUE
© Clark Ashton Smith
© “Traduction” : Fermín Moreno González

Celui qui a suivi les ombres de Zothique
Et vu le soleil d´un rouge charbon oblique,
Dorénavant ne retourne à aucun terre d´hier,   
Plutôt il rôde une côte ensevelie
Où les cités s´écroulent dans le sable noir du mer
Et des dieux morts boivent du sel marin.

Celui qui a connu les jardins de Zothique
Où saignent les fruits fendus du bec du simorgh mythique,
Ne savoure aucun d´autre d´hémisphères plus verts :
Dans des arbres de hauteur inouïe,
Dans le crépuscule des années qui meurent,
Boit de l´amarante le vin.

Celui qui a aimé les filles sauvages de Zothique
Ne distinguera d´avec son amour le baiser vampirique,
Ni reviendra chercher un amour plus aimant :
Pour lui le fantôme cramoisi
De Lilith dès la dernière nécropole du temps
Se dresse amoureux et malin.   

Celui qui a navigué aux galères de Zothique
Et vu l´apparition d´étranges spires et pics,
Doit braver encore le typhon du sorcier déchaîné,
Et prendre le timon ainsi
Sur d´orageux océans perdus sous la lune changée
Ou le Signe mué par le destin.

vendredi 20 juillet 2018

Les larmes coulent




Les larmes coulent
si lentement
qu'on dirait qu'elles sont là dès toujours
comme la pluie qui caresse les vitres
comme la fleuve qui ruisele parmi les marnes
et peut-être
elles y resteront après tout
quand le sentiment mourra
et le rappel même.


© 1990 Fermin Moreno 

© Image : Dana Neibert

samedi 14 juillet 2018

Le talion convoité

Vous les ravageurs oisifs,
vous les pillards des naïfs,
soi-disant savants sans souci
dont un seul mot blasé suffit
pour m´avoir presque détruit
pas de pardon, point d´oubli
je vais attendre jusqu`à la nuit
pour étancher la soif de mon esprit
en buvant de l´étang cramoisi
débordant de votre sang maudit.

samedi 30 décembre 2017

La lamie et le vampire



La lamie dit au vampire :

Quel cadeau as-tu choisi ?

C´est le meilleur des présents,

dit-il en grinçant des dents,

Un bel humain frais béni

Pour le Seigneur des chrétiens,

Liés les pieds et les poings,

Un nourrisson larmoyant.

jeudi 28 décembre 2017

Citations (I)

"(...) cette existence larvaire dans la pluie (...)"

Un certain sourire, Françoise Sagan

samedi 6 février 2016

L’ébène et la glace



(texte paru sur SABLE nº 1 français)







Il était une fois une hautaine princesse Shahir qui défia capricieusement son chevalier servant dévoué en lui posant une devinette que le Dieu fennec lui-même lui avait soufflée au cours de ses dévotions solitaires au-delà des Portes du Mystère.

_ Où sont à la fois l’ébène et la glace ? demanda la grande princesse aux yeux gris.

On ne se rappelle pas le nom de son amoureux. Le mur épais de l’oubli s’est élevé depuis lors, mais sa triste quête demeure toujours.

Ce n’était pas un homme cultivé, et ni les litanies des anciens, ni les arcanes du culte mystérieux de la princesse ne lui dévoilèrent quoi que ce soit. Il ne pouvait pas décrypter le savoir des livres. Il pouvait seulement voir par les pupilles brillantes de sa bien-aimée. Alors il partit au loin en quête d’une réponse.

Il chevaucha le long de la Vallée des Damnés en marmonnant sa question, comme s’il avait peur de l’oublier. La solitude était devenue sa compagne parmi les ossements anciens et non corrompus des guerriers morts. Il dut sacrifier à leurs esprits planants son étalon bien-aimé pour franchir la Vallée. Les têtes de mort ne lui répondirent pas.

 Après cela, il fit face à la sinistre Falaise du Sacrifice grouillante de terrifiants habitants inhumains emplis d’un ardent désir charnel envers tout ce qu’ils trouvaient. Il put difficilement les éviter alors qu’il était en train de grimper. Ce n’était pas là qu’il obtiendrait une réponse.





De l’autre côté de la montagne abrupte se trouvait Minartee, la cité païenne, ses spires gravées et dorées et ses dômes de marbre veineux s’élevant hautainement dans le ciel nuageux d’une aube glaciale. Il se cacha derrière les rochers moussus à côté de la Route du Nord en provenance de la Dernière Mer jusqu’à ce qu’il parvienne à voler un pèlerin solitaire se dirigeant vers la cité malsaine. Il enfila les grossiers vêtements de laine de l’homme et pénétra ainsi dans l’enceinte de pierres  de Minartee sans être remarqué. Une fois dans la cité, il se dirigea vers le temple hérétique. Il avait entendu dire que ses prêtres impies échangeaient avidement leurs avis contre un peu de sang. Ainsi fit-il, se faisant lui-même passer pour un pèlerin. Aucune réponse ne lui fut donnée.

A présent, il quitta Minartee pour le Nord, à travers les contrées marécageuses. Si les faunes et les crapauds coassaient narquoisement la bonne réponse, il ne la comprenait pas. Une fois la Dernière Mer atteinte, il convainquit un groupe de marins tannés afin d’embarquer pour un voyage d´un lustre tout autour des côtes des pays connus. Il rencontra et questionna beaucoup de gens. Personne ne put lui répondre.

Finalement, il rentra chez lui, attristé et ayant l’air vieux, ses yeux perdus à jamais par la distance, cherchant toujours une réponse. Il alla au palais et pénétra dans la chambre de la princesse sans se faire annoncer. Elle était assise sur son trône royal. Un souvenir vint à elle à le voir, et elle sourit brièvement en le regardant. Alors il comprit.

L’ébène et la glace étaient tous deux là, palpitant sur un trône d’ivoire.